Des bandits masqués imaginaires
2007-12-15 - Le TempsLu 554 fois
La femme de ménage a vraiment une imagination féconde au point qu'elle a failli semer le doute dans l'esprit des enquêteurs enclins à accepter de prime abord sa version des faits.
Mais ses déclarations ont paru quelque peu versatiles, ce qui a poussé les policiers à la presser de questions parfois contradictoires jusqu'à ce qu'elle finisse par dire la vérité, rien que la vérité.
Dans l'espoir de s'en tirer à bon compte après avoir fait amende honorable.
Les bijoux de la maîtresse de céans et le pactole évalué à 1.700 dinars étaient en fait dans le viseur de l'aide-ménagère qui s'apprêtait à convoler en justes noces dans une avenir proche.
Ils étaient bel et bien dans un coffret habilement camouflé dan le dressing-room.
Mais qu'à cela ne tienne, rien ne pouvait échapper à celle qui bénéficiait de la confiance totale de sa patronne et elle se décida, un jour, à franchir le Rubicon tout en éloignant d'elle tout soupçon.
Pour cela, elle donna libre cours à son inspiration fertile.
Après avoir réalisé son coup, elle alla raconter à son employeur que deux bandits masqués la surprirent dans la cuisine alors qu'elle était en train de mijoter le pot-au-feu.
Ils la menacèrent avec des armes blanches et l'un d'eux rafla la mise, à l'issue d'une inspection minutieuse de la chambre à coucher.
Une séquence rocambolesque digne d'un metteur en scène qui a failli disculper la femme de ménage, ayant excellé dans son rôle d'actrice.
Derechef devant les auxiliaires de la justice, elle réitéra théâtralement sa version de l'agression imaginaire qu'elle vient, selon ses dires, de subir.
Les enquêteurs enregistrèrent la plainte contre x, après avoir écouté la victime qui, contre toute attente, revint le lendemain au poste pour pointer du doigt l'aide-ménagère qui aurait inventé toute cette histoire.
Revirement de situation puisque la maîtresse de céans a découvert son coffret à bijoux enfoui dans l'armoire de la chambre à coucher de ses enfants.
Seule la somme rondelette de 1.700 dinars avait disparu.
Les bandits masqués auraient-ils une aversion de pour l'or ? Sûrement pas.
Confrontée à cette nouvelle réalité, l'inculpée soutint mordicus qu'elle avait fait l'objet de l'agression qu'elle raconta dans le détail, lors de sa déposition.
Toutefois, les policiers relevèrent quelques contradictions avec ses déclarations antérieurs.
Le doute, qui s'installa, ne tarda pas à se dissiper brutalement lorsque la femme de ménage s'effondra en sanglots, avouant que son imagination avait vagabondé au moment où son mariage approchait à grand pas.
Pour préparer son trousseau, il lui fallait de l'argent et la modeste rémunération qu'elle percevait ne pouvait, en aucun cas, suffire.
"J'étais obligée de monter ce scénario pour me disculper.
Je demande pardon à mes employeurs" a-t-elle fini par se confesser.
Aussitôt, elle a été écrouée sous le chef d'inculpation d'abus de confiance et son dossier a été transmis à un juge d'instruction du tribunal de première instance de Ben Arous.
Hamadi TAZARKI