La recette de la journée envolée
2008-03-28 - Le TempsLu 545 fois
Les deux lascars ont convenu, cette fois-ci, de traîner les pieds dans un café du coin, juste en face d'un marchand de fruits secs.
Après avoir fait la sieste, d'autant qu'il faisait terriblement chaud ce jour du mois d'août de l'été dernier, ils mirent en application leur plan diabolique en commençant d'abord par s'attabler pour faire semblant de jouer aux cartes tout en sirotant deux verres de thé à la menthe.
Leur intention belliqueuse sautait aux yeux : épier de cet emplacement stratégique le paisible marchand de fruits secs, totalement affairé à servir la clientèle nombreuse qui ne cessait tout au long de la soirée de se rendre à sa minuscule échoppe pour se procurer notamment les fameuse glibettes et les cacahouètes.
Les deux délinquants se frottaient déjà les mains, car ils étaient sûr d'avance que la recette de la journée serait importante.
Cette recette qu'ils entrevoyaient dans leurs escarcelles dans seulement quelques heures.
Il leur fallait patienter encore pour en bénéficier de gré ou de force.
Pour cela, ils continuèrent leurs interminables parties de cartes, tout en jetant un coup d'œil sur l'échoppe qui les intéressait plus que le jeu.
Vers une heure trente du matin, le marchand visé ferma boutique pour rentrer chez lui.
Il était tout heureux de sa belle cagnotte qui renfermait plus de deux cent cinquante dinars, recette d'une longue journée de travail.
Toutefois, il ne savait pas qu'il était suivi de loin par les deux énergumènes qui attendaient le moment propice pour fondre sur leur proie.
Dans les méandres de Sidi Hassine, un quartier populaire périphérique du Grand Tunis, et à la faveur d'une ruelle sombre, les deux acolytes surgirent de l'ombre pour s'attaquer à la victime.
Le premier lui plaça la pointe de son couteau juste au niveau de la gorge tandis que le second lui fit les poches pour en tirer une liasse frétillante de billets de banque.
En une fraction de seconde, la recette d'une journée entière de travail s'envola au grand désespoir de notre marchand de fruits secs.
Abattu par ce coup cruel du destin, il se rendit au poste de police pour déposer plainte, tout en donnant aux agents un signalement plus ou moins précis de ses agresseurs qui s'évaporèrent dans la nature.
Une semaine plus tard, un suspect a été arrêté.
A l'issue d'un interrogatoire serré, il avoua son forfait et dénonça son complice.
L'affaire ayant été instruite par un juge d'instruction, les deux accusés comparaîtront bientôt devant le tribunal de première instance de Tunis pour répondre de leur acte.
Hamadi TAZARKI