Du danger de rassembler à un ami
2008-08-05 - Le TempsLu 1195 fois
Cet émigré tunisien était au moment des faits en situation irrégulière en Allemagne bien qu'il soit là-bas depuis 1978.
Au début de son séjour, il était étudiant et il disposait de papiers réglementaires.
Mais, depuis que ses études universitaires ont sombré dans l'anonymat, il est passé pratiquement dans la clandestinité.
Pourtant, il travaillait d'une façon régulière et ses patrons ne doutaient nullement de sa situation.
Donc, il ne travaillait pas dans le noir.
Il était déclaré et payait ses impôts.
Il avait une immatriculation sociale.
Pourtant, il n'avait pas de papiers réguliers.
Bref, notre bonhomme avait, au moment des faits, presque la cinquantaine et il a eu le mal du pays.
Il n'a pas vu sa mère depuis bientôt quinze ans et elle était malade.
Or, il ne pouvait pas rentrer régulièrement chez lui.
Et, s'il se déclarait à la préfecture, sa situation en Allemagne serait foutue.
Il risquait l'expulsion.
Alors, il a eu l'ingéniosité de demander à son ami, en situation régulière en Allemagne, de lui prêter son passeport afin d'aller en Tunisie visiter la famille et de rentrer au bout d'une semaine.
Comme ils se ressemblaient tels des frères-jumeaux, l'ami concerné a accepté la proposition en insistant toutefois sur un retour rapide.
Le clandestin a acheté son ticket et son passage en Tunisie était passé sans bavure.
Son retour allait se passer de la même façon lorsque l'agent de police, remarquant sa détresse, lui a demandé les raisons de ses fréquents aller-retours en Allemagne.
La réponse du voyageur venait avec un temps en retard suscitant davantage de suspicion de la part de l'agent qui vérifiait le passeport.
Le voyageur était de plus en plus anxieux et n'arrivait pas à répondre aux questions de l'agent sur les dates de ses déplacements durant la dernière année.
L'agent a alors compris que le passeport n'appartenait pas à la personne qui était devant lui et le bonhomme a été arrêté pour usage de faux papiers.
Son ami ,resté en Allemagne, a dû déclarer la perte de son passeport aux autorités consulaires tunisiennes et obtenir un laissez-passer pour un retour en catastrophe en Tunisie.
Il a été arrêté à son arrivée parce qu'il était soupçonné d'aider son ami à un passage irrégulier des frontières.
Lors de l'enquête, l'ami a nié être au courant des manigances de l'émigré clandestin.
Il a déclaré que son passeport lui avait été volé.
Il a toutefois reconnu que son ami lui avait annoncé la nouvelle à partir de la Tunisie.
Il était, alors, devant le fait accompli.
Son tort était qu'il n'avait pas dénoncé son ami priant même le bon dieu pour que tout se passe sans encombre.
Il savait qu'il ne serait pas épargné lors d'éventuelles complications.
Et, il était effectivement au beau milieu d'un contentieux juridique.
Ceci risquerait de compromettre sa carrière en Allemagne.
Heureusement pour lui, la cour a pris en considération sa version des faits qui a, d'ailleurs, été confirmée par son ami.
Et, le tribunal l'a innocenté.
Quant à l'émigré clandestin, il a été condamné à trois ans de prison.
Il a interjeté appel.
Mahdi SELLAMI