L'éden pour des milliers de dinars, s'avéra être un cauchemar
2009-03-20 - Le TempsLu 706 fois
La loi du 10 mai 1975, sur le passage clandestin de la frontière punit de 15 jours à 6 mois tout ressortissant tunisien quitte le territoire national, ou y entre sans titre de voyage, c'est-à-dire d'une manière clandestine.
Or au fil du temps, cette tendance à vouloir coûte que coûte sortir, pour tenter au hasard des circonstances de trouver du travail, ou même de poursuivre des études, hante de plus en plus l'esprit de la plupart de nos jeunes, qui cherchent à améliorer leur situation et assurer leur avenir.
Ce qui donna naissance à de graves problèmes notamment lorsque ces jeunes se trouvent incités à passer clandestinement par des imposteurs qui leur font miroiter monts et merveilles.
Voilà un marin qui assure un voyage à un pays européen dans son embarcation de fortune, moyennant une somme substantielle payée d'avance.
Mais, en cours de route, le bateau chavira et certains parmi les voyageurs sont morts noyés, et les autres sont arrêtés avant d'arriver à la destination voulue.
Le commanditaire aura perçu de l'argent et causé par ses agissements, la mort de plusieurs personnes.
Dans d'autres cas, les passagers clandestins sont arrêtés à la frontière de destination et refoulés en direction de leur pays d'origine.
Le législateur a donc réagi, afin d'endiguer le flot, par une nouvelle loi punissant sévèrement les organisateurs de ce genre de voyage et toute entente ou concussion avec plusieurs personnes à cet effet.
Les peines sont aggravées concernant le passage clandestin de la frontière, et également pour tous ceux qui transportent ces voyageurs en vertu de l'article 40 de ladite loi
" Est puni de cinq ans d'emprisonnement et de douze mille dinars d'amende, quiconque aura sciemment transporté une ou plusieurs personnes dans le but de les faire entrer dans le territoire tunisien ou de les en faire sortir clandestinement par quelque moyen que ce soit ".
En outre, en cas d'entente entre plusieurs personnes les peines sont désormais de dix ans à douze ans d'emprisonnement, c'est-à-dire que désormais une pareille infraction est considérée comme étant un crime.
Tel fut le cas dans l'affaire qu'a eu à juger la chambre criminelle du tribunal de Tunis devant laquelle, six hommes et une dame ont comparu hier pour répondre des infractions d'organisation, concussion et de tentative de passage clandestin de la frontière.
L'histoire commença entre trois jeunes hommes qui avaient fait connaissance lors d'une première tentative de passage de la frontière, qui avait échoué.
Ils décidèrent alors de retenter la même chose mais en pensant à de meilleurs moyens pour pouvoir enfin réaliser leur but, le seul et unique, à savoir, le voyage en mer pour le pays des rêves.
Mais quel est ce pays ? Dans leurs pensées, ils n'arrivaient pas à le cerner de manière claire.
C'est en tous les cas, et dans une première étape, le pays européen le plus proche.
Ils eurent vent qu'une tierce personne, propriétaire d'un bateau, " organise " ce genre de voyage.
Ils allèrent le voir, pour lui soumettre la proposition de les embarquer à destination d'un pays européen, et accepta de le faire moyennant la somme de 2000 dinars pour chaque personne.
Ainsi les partants étaient le jour J, au nombre de 5 dont une dame.
Celle-ci avait même voyagé une première fois en Italie avant de rentrer bredouille.
Elle a voulu retenter l'expérience, et ce fut la raison pour laquelle elle participa à cette expédition maritime avec la somme dit-elle de 5000 dinars.
Mais les vents ne soufflent pas toujours au gré des voiliers, comme l'a si bien dit le poète arabe Al Moutanabbi.
Le voyage avait échoué et toute la bande arrêtée par la vigilante police des frontières.
Cette bonne dame, quadragénaire, diabétique tel qu'elle l'avait révélé à la barre, se trouve impliquée dans cette affaire à cause de ce faux espoir donné à ceux qui cherchent à améliorer leur avenir, par des imposteurs sans scrupule.
Son avocat ainsi que les avocats des six autres inculpés sollicitèrent les circonstances atténuantes pour leurs clients.
Quant à l'avocat de l'organisateur de ce voyage, il plaida l'absence de l'élément moral de l'infraction, en expliquant que son client n'avait fait aucune proposition de la sorte et que celle-ci avait émané de la part de ceux qui envisageaient de faire ce genre de voyage.
Il n'est pas donc considéré, juridiquement comme étant un instigateur.
Au tribunal qui leur donna la parole avant de se retirer pour délibérer, les accusés sollicitèrent sa clémence,
Ahmed YOUNES