Al-Qaïda sort de l’ombre
2010-12-23 - Le TempsLu 417 fois
Le Temps-Agences - Distribution de tracts dans les mosquées, bataille rangée avec l’armée, attaques de plus en plus audacieuses contre les forces de sécurité: la branche yéménite d’Al-Qaïda agit désormais au grand jour à Abyane, province du sud du pays.
Dans cette région qui est un des foyers de la contestation sudiste contre le gouvernement de Sanaâ, la colère des habitants, la structure tribale de la société et la paralysie des services publics sont autant de facteurs qui ont contribué à l’émergence en force d’Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (Aqpa).
Farès Ghanem, un journaliste yéménite spécialiste des mouvements islamistes, estime qu’Al-Qaïda «a tiré profit du relief montagneux et de l’absence de l’Etat, qui délaisse cette province, pour s’y implanter».
L’Aqpa a revendiqué mardi six attaques menées au cours des deux dernières semaines d’août dans cette province, dont une contre un poste de police ayant fait 12 morts.
Mais le plus grave demeure la bataille rangée qui a opposé pendant cinq jours dans la ville de Loder, en août, l’armée yéménite à des hommes armés affiliés au réseau, avec un bilan de 33 morts selon des sources officielles et médicales.
«Ce qui s’est produit à Loder était une épreuve de force entre l’Etat et Al-Qaïda, qui a pu contrôler la ville et assener des coups durs à l’armée», estime M.
Ghanem.
L’armée a assuré avoir repris le contrôle de Loder à l’issue des combats mais des notables tribaux ont dû effectuer une médiation pour obtenir le retrait des combattants islamistes de la cité, selon des sources tribales.
Les attaques quasi-quotidiennes, le plus souvent menées par des motards masqués, sèment la terreur parmi les policiers et les soldats.
«Je crains pour ma vie, et je suis toujours en train d’épier les passants, surtout les motards», affirme un policier chargé de protéger un bâtiment des services de sécurité à Zinjibar, chef-lieu de la province.
Après la bataille de Loder, l’Aqpa a distribué dans des mosquées et dans les commerces des tracts revendiquant des attaques contre les forces de sécurité et appelant les civils à éviter les positions militaires pour ne pas être visés.
«C’est la première fois que les tracts sont distribués ainsi en plein jour», a affirmé à l’AFP Nazir Qandah, l’imam d’une mosquée de Zinjibar.
Un notable de la province d’Abyane, qui a refusé d’être identifié, affirme qu’Al-Qaïda «a profité de la paralysie des services gouvernementaux ces derniers mois en raison de l’escalade de la contestation», animée par le Mouvement sudiste.
Sanaâ accuse ce mouvement, dont certaines composantes appellent au fédéralisme et d’autres à la sécession, de coopérer avec Al-Qaïda, et le ministère de la Défense a affirmé lundi qu’un activiste d’Al-Qaïda arrêté à Loder avait des «documents importants prouvant» cette «collusion».
«Al-Qaïda et le Mouvement sudiste ne sont que les deux faces d’une même pièce de monnaie, ils œuvrent tous deux à déstabiliser la province», a affirmé un responsable des services de sécurité qui a requis l’anonymat, soulignant que «la coopération entre les deux parties était claire à Loder».
Ahmad Ghaled al-Rahwi, gouverneur adjoint de la province d’Abyane, qui a lui-même échappé à deux tentatives d’assassinat en août, affirme également que les éléments d’Al-Qaïda «font partie intégrante du mouvement sudiste».
Mais Ali al-Chayba, un dirigeant du Mouvement sudiste, s’en défend: «Notre mouvement est opposé à l’usage de la force, et est déterminé à n’employer que les moyens pacifiques pour réaliser son objectif, qui est la libération du sud».