Siliana : Chronique d’un drame annoncé
2009-01-24 - Le Quotidien Lu 598 fois
Presque dix jours après la disparition des trois élèves et la mort d’une quatrième emportées par les courants, suite aux inondations survenues à Ras El Maa (Gouvernorat de Siliana), les parents des victimes n’espèrent qu’une seule chose: repêcher les corps des trois filles afin de les enterrer dans la dignité.Tunis - Le QuotidienIl était un peu moins de vingt heures, ce 12 janvier 2009. Des pluies déluviennes s’abattaient toujours sur le village de Sidi Hmada et les bourgs avoisinants. Ceux qui avaient des enfants scolarisés n’espéraient plus qu’une seule chose : les voir rentrer sains et saufs.Il faut dire que tous les ans, c’est le même scénario qui se répétait. Les oueds de la région se remplissaient et c’est le barrage de Lakhmass qui se mettait en colère.Alors, ce sont de nouveaux sacrifices qui devaient être présentés sur l’autel afin de satisfaire les caprices de dame nature.Encore une fois, cette année, quatre jeunes filles avaient trouvé la mort après que leur bus scolaire eut été emporté par les eaux.Et lorsque vous comptez les visages de leurs proches, vous comprenez qu’il s’agit là d’un drame annoncé d’avance.L’infrastructure de la région est si fragile qu’elle ne pouvait tenir face à de telles inondations.Alors pour noyer leur chagrin dans ce qui leur restait d’espoir, ils prient toujours le Bon Dieu pour que les agents de la protection civile, toujours à la recherche des victimes, réussirent à repêcher les trois corps de leurs filles pour pouvoir au moins, les enterrer dans la dignité.Retour sur le drameIl est, en effet, de coutume que les élèves des différents villages viennent poursuivre leurs études secondaires au lycée de Siliana.Des bus de ramassage sont mis à leur disposition pour assurer leur transport. Il arrive, malheureusement que ces véhicules fassent une descente aux enfers. Et ce 12 janvier, le bus transportant les victimes était destiné à faire un voyage sans retour... vers la mort.Quittant justement leur lycée, les élèves s’étaient précipités pour prendre place à l’intérieur du bus. A mi-chemin et au niveau du village Ras El Maa, Ouedessmara était déjà inondé. Le bus est englouti par les eaux. Le véhicule fut emporté par les courants. Un mouvement de panique s’empara des passagers.Sauve qui peut,... on se précipita pour quitter le véhicule. Mais quatre jeunes élèves étaient restées coincées à l’intérieur. L’une d’entre elles trouve la mort sur le coup. Alors que les trois autres sont toujours portées disparues.A qui la faute ?Depuis la construction du barrage Lakhmass, on pensait avoir résolu, la question des inondations des cinq oueds qui l’alimentent. mais ni Oued Essmara, Em Bayadh, Touire Elil, Erremayel et encore moins Oued Bouabdallah n’avaient cessé d’exprimer leur colère à chaque fois que les pluies s’abattaient sur la région. Une région difficile d’accès et qui manque terriblement d’infrastructure adéquate pour faire face à ce genre de catastrophe naturel. D’ailleurs, les visages des villageois exprimaient d’une manière très triste, cette frustration d’être condamnés à l’abandon.Le jeune Fathi Ben Mohamed Salah Makdouli vous le dira si vous le lui demandez: «C’est malheureux ... que les ingénieurs de la direction régionale relevant du ministère de l’Equipement n’eurent pas prévu la mise en place d’une infrastructure adéquate. Ils se contentaient à chaque fois de nous envoyer une niveleuse pour assainir les oueds. Or, le problème réside dans la nature des canaux en béton, traversant les cours d’eau. Leur forme cylindrique favorise en effet la formation d’obstacles à l’intérieur qui empêchent les eaux de pluie d’être évacuées vers le barrage. Du coup, les eaux sont rejetées à l’extérieur donnant lieu à des inondations». Et notre interlocuteur d’ajouter: «Il faut impérativement opter pour des canaux en béton symétriques. Mais qui pouvait bien nous entendre. Alors qu’aucun ingénieur n’avait pris la peine, de descendre sur le terrain afin d’évaluer les dégâts et trouver les solutions nécessaires».Du coup, il ne reste aux villageois de Sidi Hmada que de prier le Bon Dieu pour que ce drame ne se produise pas à l’avenir. D’ici là... Le cimetière de la région attend toujours l’arrivée des trois corps des jeunes filles là où ils dormiront en paix ! et à jamais !
Habib MISSAOUI