Le rêve brisé de Karim

2010-08-20 - Le Quotidien
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Que sait-on sur ces jeunes candidats à l’émigration clandestine qui défraient de temps en temps les chroniques des journaux? A-t-on une idée sur leurs souffrances ? Doit-on, par ailleurs leur trouver des circonstances atténuantes ? Encore faut-il qu’ils s’en sortent vivants pour pouvoir comprendre les raisons qui les ont poussés à s’aventurer dans des eaux troubles…Karim est un de ceux qui ont rêvé d’une vie meilleure de l’autre côté de la Méditerranée. Mais, le rêve s’est transformé en cauchemar. Son périple a commencé à Ras Jedir avant de prendre fin à l’île de Lampedusa…Il s’appelle Karim. Il est originaire de la capitale et est né dans un quartier populaire de Tunis. Il a poursuivi ses études jusqu’à la quatrième année secondaire (ancien régime) avant d’intégrer la vie active, changeant de métier comme une abeille à la recherche du miel et de la cire pour nourrir deux frères, une sœur, un père handicapé et une mère. Depuis huit ans, il changeait d’emploi comme on change de chaussettes. Payé à la journée, il n’arrivait pas à arrondir ses fins de mois.Car qu’est-ce qu’on peut faire avec sept dinars lorsqu’on a cinq bouches à nourrir ? Ainsi, il fallait que Karim trouve une solution radicale. «La terre du Bon Dieu est vaste» dit-on. Raison pour laquelle il prit ses cliques et ses claques et partit tenter sa chance en Libye. Il faut dire que durant les cinq mois passés à Tripoli, les choses n’ont pas vraiment changé. Pis encore, Karim était contraint de travailler douze heures par jour pour gagner l’équivalent de trente dinars par jour. Une petite consolation, toutefois: en coupant les cheveux aux clients libyens, il recevait un bon pourboire. Cette gratification lui permettait de mettre un peu d’argent de côté. Seulement ce travail était si fatigant qu’à la longue, il n’arrivait plus à tenir le coup. Alors, pour oublier un tant soit peu la fatigue, il se rendait tous les lundis à la place Omar El Mokhtar où il rencontrait les concitoyens. Tout le monde, ici, noyait son chagrin en inhalant le narguilé et en échangeant les nouvelles du pays. Dans la foulée, il apprit que des traversées clandestines se faisaient à partir des côtes libyennes à destination de l’île de Lampedusa. Seulement, il fallait avoir les moyens pour embarquer à bord de ces bateaux de fortune ne disposant pas dans la plupart des cas, de moyens de sécurité.Karim fut informé au passage que le prix à payer est de l’ordre de trois mille dollars. Une somme qui représente une fortune, mais le rêve est permis. Du coup, il a cravaché dur pour économiser l’argent nécessaire. Finalement, il a pu prendre contact avec un intermédiaire. La date du départ a été fixée. L’ensemble des clandestins furent conduits sur une île située au large des côtes libyennes. La mer était calme et la petite embarcation se mit à progresser lentement entre les vagues. Lorsque la journée s’est levée, les dix passagers étaient déjà morts de fatigue. L’eau potable manquait et comme si cela ne suffisait pas une tempête menaçait le petit bateau qui a commencé à chavirer. On commençait déjà à sentir l’odeur de la mort. Personne à bord ne savait où ils étaient. Karim avait gardé une seule image avant de perdre connaissance, celle d’une violente vague qui l’a renversé par-dessus bord. Il faut dire qu’il est chanceux, car sans l’intervention de l’équipage d’un navire qui passait par là, il serait maintenant parmi les morts ou les portés disparus. Le rêve s’est brisé et Karim a été rapatrié avec une affaire judiciaire sur le dos. Il a à répondre du délit de tentative de traverser illicitement les frontières maritimes.
H. Missaoui



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