Vol à la tire, ou avec violence...Treize à la douzaine !
2007-08-29 - Le TempsLu 471 fois
La salle d'audience de la chambre correctionnelle du tribunal de Tunis était comble hier matin, malgré cette période de vacances judiciaires, où les chambres de vacation prennent le relais
pour assurer un service minimum jugeant les flagrants délits et les affaires d'opposition, les délais impartis dans de telles procédures étant strictement limités par la loi.
Le président d'audience, chevronné et plein d'expérience et de bon sens , avait bien étudié à l'avance les affaires qu'il appelait au fur et à mesure.
On le devinait à sa façon de mener les débats, avec beaucoup de tact et surtout de sang froid, en posant aux accusés des questions pertinentes, par lesquelles il arrivait la plupart du temps à confondre son interlocuteur.
Il savait à l'avance à qui il avait affaire.
Il savait également écouter les avocats de la défense et dictant au greffier, il résumait la teneur de chaque plaidoirie, sans négliger aucun point soulevé par l'avocat défenseur.
Levez la tête :
Appelant une affaire de vol avec violence, l'accusé qui se leva pour se présenter à la barre, était un jeune ne dépassant pas les vingt cinq ans.
« Vous avez bien agressé la victime pour lui la délester de son porte feuille ? »
A cette question posée par le président d'audience, le jeune homme répondit par la négative.
Il nia totalement avoir une quelconque relation avec ce vol.
Il avait cependant la tête basse, pour ne pas regarder fixement le tribunal.
Est-ce parce qu'il avait honte, ou plutôt parce qu'il n'avait pas le cœur net ?
Le président d'audience, enchaînant par une autre question, le somme au passage de lever la tête.
-« Avez -vous des antécédents judiciaires ? Lui demanda-t-il
-« Oui, monsieur le président, je viens de purger une peine pour affaire de drogue.
»
-« Mais encore ? Vous n'avez pas de précédents dans le vol avec violence ? »
-« Non , Monsieur le président »
-« Vous êtes sûr ? »
-« Oui monsieur le président »
Sur ce , le président ayant eu une idée précise sur l'accusé, en évaluant surtout le degré se sa mauvaise foi, il délibéra sur siège, c'est à dire séance tenante, avec ses assesseurs, et rendit le jugement qu'il estima approprié : Un an de prison ferme.
Vol à la tire :
Dans une autre affaire de vol à la tire, l'accusé était également un jeune homme, né en 1975.
Reconnaissant son forfait, il demanda des excuses.
Mais le problème, était qu'il avait lui aussi, maille à partir avec la justice, dans ce genre de vol.
C'était un habitué qui se disait repenti.
Son avocat lui requit les circonstances atténuantes, surtout que la victime ne s'était pas présentée, et ne s'était pas non plus, constituée partie civile.
Délibéré sur siège et verdict : 8 mois de prison ferme.
Un racolage dans le lot :
Les deux femmes, chacune couverte d'un sefsari( voile tunisien, couvrant tout le corps) par égard au tribunal, se présentèrent à la barre d'un pas trébuchant .
« Répondez par présent, à l'appel de votre nom.
» leur lance le président
Et les deux jeunes dames, répondant d'une voix étouffée : « présent monsieur le président »
- « Vous étiez en train de racoler les automobilistes dans la rue ? »
- « Pas du tout monsieur le président .
Je devais porter le couffin à mon mari qui est en prison.
J'attendais le bus ou à défaut un taxi.
- « Et le témoin qui déclara que vous l'avez importuné en lui proposant de monter dans sa voiture, pour un but déterminé ? »
- « Ce n'est pas vrai, monsieur le président,d'ailleurs j'ai signé le pv de police sans en avoir pris connaissance, ne sachant pas lire.
»
- Et vous non plus vous n'avez pas racolé ? »
- « Parfaitement monsieur le président »
- « Avez-vous des antécédents judiciaires dans le domaine ?
- « Non monsieur le président.
J'ai seulement une ancienne condamnation pour état d'ébriété sur la voie publique, de quinze jours de prison.
»
Après quoi, et suite à un délibéré sur siège également, les deux accusées écopèrent de huit mois de prison chacune.
L'audience était en tous les cas bien chargée, et ceux parmi les avocats qui devait plaider pour des clients en état de liberté,attendaient leur tour , prenant leur mal en patience, car il en avaient pour un bon bout de temps.
De quoi gâcher une bonne sieste pourtant indispensable par ce s temps de canicule.
Ahmed YOUNES