Le jeûne et le jeu !
2007-09-18 - Le TempsLu 1090 fois
Le thermomètre affiche 41°C.
Il est 15 heures.
Le bonhomme avance péniblement sur la chaussée en face du jardin Le Passage de Tunis.
Sa chemise est collée à sa peau et des gouttelettes de sueur ruissellent de son front.
Pour une raison ou une autre, il ne jeûne pas et il a terriblement soif et il est en quête d'un moyen pour l'épancher.
A droite, son regard s'arrête sur une porte entrouverte d'où se dégage comme un faisceau de fumée.
L'enseigne accrochée sur la façade indique « café ».
Des morceaux de journaux sont collés sur les vitres.
Notre bonhomme est maintenant certain, il s'agit bien d'un café qui, par pudeur, n'est pas grand ouvert.
Il sourit oubliant sa fatigue et avance.
- Prenez un ticket d'un dinar pour entrer.
Il se retourne, au bas côté de la porte, un homme est assis et brandit un carnet de tickets.
- ...
?
- Oui, ici on exige un droit d'entrée.
- Mais, je veux prendre un café ; une bouteille d'eau et payer comme d'habitude à l'intérieur.
- Prenez un ticket et vous pouvez boire avec un café et jouer en plus au tiercé.
- Non, je ne veux pas jouer, juste boire de l'eau et déguster un café.
Une voix de l'intérieur dit : « laisse-le entrer, il n'a pas la tête d'un joueur.
Dedans, il fait noir.
Ici et là des lampadaires essayent d'éclairer un peu la salle pleine à craquer.
La fumée est à couper au couteau.
Au fond, se détache un grand écran géant, un poste de télé sur lequel s'agitent des animaux.
Ici et là s'élèvent dans cette atmosphère lourde et opaque des voix.
« Moi, je mise 10 dinars sur Astérix.
Moi, 20 dinars ».
« Non, dit une autre voix, je mets 50 dinars sur la combinaison X.Y.E » (lettres désignant des chevaux).
Quelques secondes après qui paraissent, pour notre bonhomme une éternité, une voix solennelle annonce : « faites vos jeux, c'est l'arrivée du tiercé ».
Le bonhomme oublie sa fatigue et sa soif et sort et va s'allonger sous un arbre du jardin en se disant que tout devient bizarre et étrange, aujourd'hui.
Néjib SASSI