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2008-01-14 - Le TempsLu 1081 fois
" Préparez vos cartes ; à l'appel vous êtes priés de les présenter à l'agent à l'entrée ".
La femme de " wahra " attendait impatiemment de visiter son mari au parloir, de la prison civile , où il était détenu depuis déjà cinq mois.
Elle lui avait apporté des vivres ainsi que des vêtements propres.
Elle méditait sur cette situation inattendue, intervenue au moment où elle s'y attendait le moins.
Elle avait souffert auparavant de l'attitude de son mari qui n'arrivait pas à joindre les deux bouts, et qui parfois ne trouvait pas de quoi acheter des vivres pour nourrir sa femme et sa fille âgée de quelque trois ou quatre ans.
Cependant la situation s'était améliorée depuis que " Wahra " avait trouvé du travail auprès d'un ami transitaire.
Comme il savait conduire, il fut engagé en tant que chauffeur de la société, que dirigeait celui-ci.
La femme de Wahra fut cependant comme réveillée, par le tintement aigu à crever le tympans, d'une sonnette, pour avertir les multiples membres de familles qui se trouvaient sur les lieux que les visites allaient commencer.
Elle suivit un long couloir, après avoir présenté la carte à l'agent contrôleur qui se trouvait à l'entrée, et déboucha sur une grande salle où il y avait des sortes de guichets couverts de grillages.
Se plaçant devant l'un d'eux, elle vit son mari arriver, l'air fatigué, mais propre et bien habillé, avec une chemise bleue à carreaux, légèrement froissée, mais qui allait à merveille avec le nouveau jean que sa femme lui apporta lors du dernier parloir.
Dès qu'il aperçut celle-ci, il éclata en sanglots, et son épouse tout émue avait les larmes aux yeux, mais elle essaya de se contenir et de se montrer souriante.
" ça va bien ? As-tu reçu la couverture chaude que je t'ai envoyée par colis ? "
-Oui , merci ; et toi comment tu vas ? Je ne veux pas que tu te fatigues pour moi.
C'est l'histoire de quelques jours ; je sais que je n'ai rien fait, et tu le sais bien toi aussi ; tu me crois j'espère ? "
-" Maître Ahmed ,t-a t-il rendu visite ? Il m'a en tout cas rassuré ; tu sortiras dans quelques jours.
Tiens bon et ne baisse pas les bras.
Ne t'inquiète pas pour la maison, je fais de mon mieux ; mais à part ton frère, personne de ta famille ne veut m'aider à quoi que ce soit ! Ce n'est pas grave je peux m'en sortir toute seule "
La discussion était à peine engagée que la sonnette retentit pour annoncer la fin de l'entretien.
L'épouse de Wahra quitta les lieux sans avoir tout dit à son époux.
En fait celui-ci avait eu déjà maille à partir avec la justice, pour avoir fait de la prison auparavant et avoir été impliqué dans des affaires d'escroqueries.
D'ailleurs il devait le sobriquet de Wahra à ses co-détenus, lors de sa dernière détention.
Mais qu'arriva-t-il cette fois-ci au juste ?
Wahra a été arrêté lors d'un contrôle de routine, où il s'est avéré être recherché par la police pour un crime.
Il savait que depuis sa dernière sortie il n'avait commis aucune incartade.
Sauf peut-être une seule : celle d'avoir falsifié une carte d'identité, pour pouvoir ouvrir un compte bancaire et solliciter un crédit.
Il avait trouvé une carte d'identité qui traînait par terre, et en avait profité pour la falsifier à son nom.
Toutefois la dite carte s'avéra appartenir à celui qui avait commis un cambriolage dans une bijouterie et au cours duquel le bijoutier a été assassiné.
Wahra a été impliqué dans cette affaire, mais soutint mordicus qu'il :n'avait aucune façon , participé au dit cambriolage et encore moins au meurtre.
Il avait ramassé la carte d'identité qu'il trouva parterre, et qu'il falsifia, mais il n'avait aucunement participé à ce cambriolage, et encore moins tué le bijoutier.
L'enquête révéla que les cambrioleurs avaient surpris le bijoutier alors qu'il s'apprêtait à fermer son magasin.
Les faits tels qu'ils se présentaient ne pouvaient pas être commis par une seule personne.
Mais était-il complice ? Rien ne pouvait le prouver.
Wahra fut finalement jugé uniquement pour falsification de carte d'identité , mais rien ne put juridiquement établir qu'il fut le meurtrier du bijoutier.
Ahmed YOUNES