L'ingénieur attend toujours son visa !
2008-01-25 - Le TempsLu 1102 fois
Diplôme d'ingénieur en poche et encore frais émoulu de l'université, le jeune étudiant s'est empressé de rechercher un emploi dans une entreprise de travaux publiques.
La chance n'était pas de son côté bien qu'il ait déposé son CV un peu partout, dans les administrations relevant de l'Etat et dans les établissements industriels privés.
Son attente a trop duré et il eut rapidement le ras-le-bol, tant la longue période de chômage, dans laquelle il se débattait, semblait sans fin.
De guerre lasse, il finit par songer à s'expatrier.
Mais ce n'était pas chose facile, d'autant plus qu'il lui fallait obtenir le fameux sésame auquel s'accrochent de milliers de jeunes compatriotes pour améliorer leur situation pour certains ou tenter l'aventure pour d'autres.
Il s'agit évidemment du visa qui permet de franchir les frontières d'une manière légale.
Le laissez-passer indispensable sans lequel il est interdit de rêver.
La voisine, ayant eu vent de la situation précaire de l'ingénieur, décida magnanimement de l'aider, lui promettant monts et merveilles.
La proposition ne manqua pas alors de ravir le chômeur de luxe qui l'accepta les yeux fermés.
En effet, elle prétendit avoir suffisamment de relations susceptibles de lui procurer le visa.
Du coup, l'ingénieur pourrait assurer un avenir radieux dans l'Hexagone.
Tout cela contre une commission symbolique de trois mille dinars, devait-elle lui signifier.
Bien entendu, il accepta le marché et lui remit la somme qu'il a empruntée à plusieurs camarades serviables.
Il ne savait pas alors qu'il avait à faire à une dame rompue depuis sa prime jeunesse aux actions délictueuses qui lui valurent de nombreux séjours à l'ombre.
Ne voyant rien venir après des semaines d'attente interminable, la victime essaya de renouer le contact avec l'accusée qui s'était volatilisée, en déménageant en catimini.
Ayant compris qu'il avait été escroqué, il alla raconter sa mésaventure à la police.
La cavale de la voisine ne dura pas longtemps et elle finit par être arrêtée.
Elle avoua avoir saisi l'occasion du désarroi du jeune ingénieur qui souffrait du chômage pour commettre son délit.
Coup de théâtre devant le tribunal de première instance de Tunis : elle fit volte-face, niant farouchement toute implication dans cette affaire d'escroquerie.
Le jugement sera rendu ultérieurement, après les
délibérations d'usage.
Hamadi TAZARKI