L’impasse
2008-04-15 - Le TempsLu 528 fois
Ils se donnaient rendez-vous presque chaque soir dans une impasse située en plein centre de la capitale, près de La Kasbah et attendaient patiemment que les voisins se résignent à s'abandonner entre les bras de Morphée afin de commencer à faire le plus souvent la fête, en partageant un repas frugal et bien arrosée.
Les deux amis inséparables n'attiraient guère l'attention des rares passants qui se hasardaient, aussi tard dans les parages tellement ils étaient réservés.
Ces tête-à-tête coutumiers, qui se déroulaient dans la discrétion la plus absolue jusqu'à récemment, devaient malheureusement connaître, il y a à peine quelques jours, un dénouement dramatique.
Et le plus curieux dans cette affaire est que le meurtrier est allé de lui-même se dénoncer quelques heures plus tard à une patrouille de police qui effectuait sa ronde de surveillance nocturne.
Comme d'habitude, les deux camarades se réunirent, le soir du crime, dans cette impasse, à l'abri des regards indiscrets.
Ils devisèrent de tout et de rien pendant un assez bout de temps, quand pour un motif inconnu la discussion dégénéra en insultes et grossièretés proférées par l'un des protagonistes.
La riposte ne se fit pas attendre puisque son rival se saisit d'une grosse pierre et s'acharna sur son adversaire, à tel point qu'il lui fracassa le crâne.
Et au lieu de le secourir en le transportant à l'hôpital le plus proche alors qu'il était affalé sur le sol, baignant dans une mare de sang, l'accusé fouilla dans les poubelles pour en retirer des sacs en plastique, des journaux et autres détritus inflammables qu'il plaça sur le corps sanguinolent de la victime, avant de craquer une allumette.
En un instant, le feu se déclara à l'image d'un autodafé.
Comment expliquer cette folie meurtrière ? La tâche est vraiment difficile, d'autant plus que le criminel, totalement affolé par son geste crapuleux, a quitté subitement les lieux, pas pour s'enfuir, mais pour se rendre à la police.
Une attitude incroyable pour un délinquant.
Le meurtrier bourlingua un moment entre les dédales de la vielle médina pour se confesser à une patrouille qui était de passage dans le quartier.
Incrédules, les policiers accompagnèrent l'accusé jusqu'au lieu du crime où ils se rendirent compte qu'il disait vrai et que ce n'étaient pas des hallucinations de sa part.
Toutefois, ils remarquèrent, à l'occasion, le comportement anormal du meurtrier qui semble souffrir de dérangement mental que les psychiatres confirmeront ou infirmeront.
Alerté, le procureur de la République a ordonné l'ouverture d'une enquête judiciaire ainsi que l'autopsie du cadavre pour déterminer les circonstances exactes du décès.
Le meurtrier souffre-t-il vraiment de troubles mentaux ? L'expertise médicale tranchera.
Hamadi TAZARKI