La tentation de l'étranger
2008-07-10 - Le TempsLu 576 fois
Les valses quasi-hebdomadaires de ce bonhomme de 45 ans vers l'Allemagne lui ont attiré la jalousie de ses connaissances qui croyaient qu'il menait la belle vie.
Pourtant, il était certes installé en règle en Allemagne et avait ses papiers réglementaires de séjour.
Mais, il était pratiquement au chômage et faisait ces va-et-vient pour faire du commerce de fortune.
Il exploitait le prix bas des charters en basse saison et les soldes monstres pour ramener en Tunisie des articles qu'il vendait aux prix forts.
Il lui est arrivé d'intervenir pour obtenir un visa à un jeune parent qui est installé actuellement dans la Bavière et qui envoie de l'argent à sa famille.
Cette dernière opération qui a eu de l'écho, a attiré vers lui plusieurs jeunes qui cherchaient à partir en Europe.
Le bonhomme a refusé au départ sachant que ce n'était pas aussi facile d'obtenir des visas pour l'Allemagne.
Mais l'insistance des demandeurs, d'une part, et l'attrait de l'argent, d'autre part, ont eu raison de sa résistance et il commençait à " étudier " les dossiers de plusieurs jeunes de ce quartier du Nord-Ouest de Tunis où il atterrissait chez des parents lors de ses visites.
L'une des filles désirant partir en Europe et sachant qu'il était divorcé lui avait même fait une " demande de mariage ".
Mais, sa réaction était toujours hésitante.
Son père, citoyen allemand et ayant signé la prise en charge du premier dossier, lui avait dit qu'il ne signerait plus d'invitation, ni de prise en charge.
Ensuite, et alors qu'il passait par une crise financière, il a accepté de prendre les dossiers de deux jeunes en contrepartie de deux mille dinars chacun.
Il leur avait promis de leur fournir l'objet de leur convoitise au bout de trois mois.
Il s'était donné du temps afin de trouver quelqu'un pour obtenir la prise en charge ou, au pire des cas, leur remettre leur argent.
Mais, l'histoire s'est répandue dans le quartier et ils étaient une dizaine de jeunes à l'attendre lors de la visite suivante.
Il n'a pu résister à l'appât du gain facile et n'a pu, non plus, s'excuser de ne pouvoir honorer ces demandes.
Ainsi, il avait accumulé vingt dossiers et plus de trente mille dinars.
Sa situation s'était compliquée.
Avec le temps qui passait, ses visites en Tunisie s'étaient arrêtées car il avait peur des réactions de ces jeunes auxquels il avait promis des visas.
Il avait, même, changé son numéro de portable allemand.
Entre-temps, les jeunes ont perdu espoir et se sont présentés à la police pour porter plainte pour escroquerie.
Quant au bonhomme, il s'est fait oublier et a cru que son manège est passé sous silence.
Ayant le mal du pays et n'ayant plus de sous, il a décidé de regagner la Tunisie par l'aéroport de Monastir.
Mais, voilà qu'il fut arrêté à l'aéroport et ce n'est qu'alors qu'il a compris que son escroquerie a été découverte et qu'il faisait l'objet d'un jugement par contumace et qu'une peine de cinq ans de prison a été prononcée contre lui ainsi qu'une grosse amende.
Il a fait une opposition au jugement prononcé à son encontre et a été remis en liberté provisoire mais, il était seul face à son destin.
Devant le tribunal, son avocat a demandé de lui accorder une période d'un mois pour trouver des arrangements avec les plaignants.
L'affaire a été ajournée.
Mahdi SELLAMI