Quand le filou se trouve lui-même floué!
2010-09-03 - Le TempsLu 546 fois
Une bonne dame, mère de famille dont l’aîné n’a guère plus de vingt-trois ans, ce dernier constitue cependant ses sources de malheur.
En plus de ses soucis existentiels quotidiens, elle avait effectivement à résoudre les problèmes de celui-ci, d’autant qu’il menait une vie d’errance avec en prime toute sorte de dangers qu’il a à côtoyer au fil des jours, sinon des veillées vécues entouré d’une bande de son acabit, dont le crédo est tout simplement le farniente.
La mère aurait ainsi tout tenté, frappant à d’innombrables portes pour le caser quelque part et lui permettre de la sorte de se ranger, voire l’aider dans sa tâche, celle d’élever ses autres enfants, encore incapables de voler de leurs propres ailes.
Du moins, subvenir à ses propres besoins, ce qui constituait un fardeau de moins à supporter.
Or, toutes les portes auxquelles elle a frappées, sont demeurées désespérément closes, d’autant que son rejeton manquait la moindre qualification, ou encore une quelconque expérience, supports de toute activité.
Elle était, pourtant, disposée à tout donner, la pauvre, afin de le voir mener une vie décente, même à céder ses derniers haillons pour y parvenir.
Malheureusement, elle a fait chou blanc, toutes ses tentatives ayant été vaines, sans la moindre réussite.
Au point qu’elle en fut désespérée, passant des nuits blanches, à ruminer un moyen pour s’en sortir de cette impasse.
Un jour, ce fut soudain l’éclaircie, générée par la proposition d’un quelconque très lointain parent, lequel parent aurait compati aux malheurs de la malheureuse femme, lui affirmant qu’il était en mesure de lui venir en aide et résoudre une fois pour toutes ses problèmes.
Le parent en question lui assure en effet qu’il avait certaines relations à même de lui permettre de procurer au fils des papiers en règle, visa compris, afin de l’envoyer vivre sous d’autres cieux plus cléments.
Une véritable manne du ciel pour cette malheureuse femme.
Celle-ci se remettant subitement à rêver, tant et si bien qu’elle n’a pas hésité à se séparer de quelques ustensiles, et non des moindres, pour collecter les mille dinars exigés par ledit parent, se disant simple intermédiaire dans la « combine ».
C’est ainsi d’ailleurs qu’elle s’est séparée, entre autres objets ménagers, de son réfrigérateur dont les traites n’ont pas été, encore, toutes réglées, sans compter d’autres ustensiles qu’elle a sacrifiés pour la bonne cause, celle de sauver son fils.
Elle est même allée jusqu’à s’endetter pour compléter la somme exigée ! Et que ne fait-on pas pour les beaux yeux de la progéniture !
Malheureusement, la joie de la femme fut de courte durée ; son rêve est venu se briser sur les récifs d’une dure réalité incarnée par la cupidité de certaines gens, sans foi ni loi.
Elle s’est en effet durement réveillée à partir du moment où elle a perdu la trace de ce parent, qu’elle a cherché en vain depuis le jour où elle lui a confié l’argent.
Littéralement volatilisé, le bonhomme, bien qu’elle se soit ingéniée à le chercher partout, au point de perdre des kilos, étant désormais démunie et sans le sou, ne serait-ce que pour utiliser un quelconque moyen de transport.
Ses pieds en ont souffert, usés par les marches journalières qu’elle s’est tapées.
Finalement, elle n’a pu que se rendre à l’évidence pour s’avouer qu’elle fut victime d’une escroquerie, roulée par les belles paroles du lointain parent.
Et, en désespoir de cause, elle a dû se résoudre à porter plainte, étant convaincue que les auxiliaires de la justice étaient plus habilités et plus rompus à élucider les énigmes des disparitions.
Effectivement, les enquêteurs, une fois la machine judiciaire mise en branle, sont parvenus à mettre la main sur le fuyard, lequel fuyard n’a pu qu’avouer son forfait, mais soutenant toutefois qu’il n’a nullement prémédité son coup.
Il a affirmé qu’il voulait sincèrement aider la femme, mais qu’il a échoué dans son entreprise, étant lui-même floué par une tierce personne.
Aussi, passé une première fois en jugement a-t-il écopé d’un an de prison ferme, avant d’interjeter appel, mais prenant le soin entretemps de rembourser la victime, celle-ciretirant dans la foulée sa plainte.
Ce qui explique que la Cour d’appel s’est montrée indulgente en le condamnant à six mois de prison assortis du sursis…
Aymen BARHOUMI