Le Kef : Les moissons de la colère : un mort
2010-06-15 - Le Quotidien Lu 652 fois
La récolte s’annonçait maigre. Pourtant, il faut envoyer les moissonneuses tirer les quelques grains de blé qui chargent les poches des épis. Faut-il encore que les avis concordent pour que ces moissons ne finissent pas dans le sang…Dans l’arrière-pays keffois, là où les montagnes s’étendent à l’infini, seuls les champs de blé offrent encore une lueur d’espoir, retenant les hommes pour ne pas quitter leurs terres.Encore faut-il que les vannes du ciel ne distillent pas avec trop de parcimonie les précieuses pluies célestes sans lesquelles l’espoir d’une récolte faste meurt dans les sillons d’une terre assoiffée.La sécheresse, justement, était de la partie cette année. Les paysans avaient beau suer sang et eau, pour labourer, semer et combattre les herbes folles et les parasites à coup de dizaines de milliers de dinars ; en vain.Le sort a voulu qu’ils tirent cette année aussi le mauvais numéro de la loterie agricole qui ne garantit pas à son homme le fruit de son labeur quels que soient les moyens et les efforts consentis pour concrétiser ses objectifs.Du coup, les spéculations vont bon train pour décider du sort de cette récolte. Est-ce qu’on ramasse le peu de blé qui a survécu à la sécheresse ou tout simplement faut-il garder la paille pour pouvoir nourrir les bêtes par les saisons maigres.La décision était difficile à prendre, d’autant que les deux exploitants du champ de blé ne sont autres que deux frères ayant des points de vue radicalement opposés.Alors pour avoir gain de cause et imposer leur avis, les deux hommes ont campé sur leurs positions et chacun voulait qu’on tire le maximum de profit mais à sa manière.Entre la paille et le blé, c’est le feu qui a tout ravagé sur son passage. En un laps de temps très court, l’amour et la fraternité ont cédé la place à la haine et à la rancune. Dans la foulée, l’aîné est allé chercher une hache pour achever son frère cadet. Le temps que les agents de la garde nationale relevant du commissariat du Kef arrivent et c’est le sang qui a coulé à flot, séparant à jamais deux frères qui jusqu’à un passé récent étaient unis par le lien sacré du sang.L’enquête ouverte par la justice saura révéler plus de détails sur cette affaire qui a eu lieu en fin de la semaine dernière dans une localité rurale située à quelques encablures de la ville du Kef.
H.M.