Hannibal II, dernière victime des pirates
2010-11-13 - Le Quotidien Lu 769 fois
La fréquence des actes de piraterie au large de la Somalie ne cesse d’augmenter. Malgré le déploiement dans la zone de plusieurs bâtiments de guerre par plusieurs pays, les pirates ne sont pas découragés et continuent à semer la terreur parmi les membres d’équipage des navires qui traversent la région. Le détournement du navire tunisien Hannibal II battant pavillon panaméen, survenu jeudi au large de la Somalie, remet au devant de la scène ce fléau dont la situation politique de la Somalie est pour beaucoup.Hannibal II est un chimiquier exploité par l’armateur tunisien Farid Abbas, le propriétaire de la compagnie GMT (Gabes Maritim Tankers) dont le siège est situé à Ezzahra, Banlieue Sud de Tunis. Au moment des faits, le MV Hannibal II et ses 31 hommes d’équipage faisaient route vers le canal de Suez en provenance de Malaisie, où le navire de 25.000 tonnes avait embarqué un chargement d’huile végétale. Dans un communiqué, la Navfor (Opération Atlanta de l’Union européenne pour lutter contre la piraterie) précise que l’acte de piraterie s’est produit à 860 milles nautiques à l’est de la Corne de l’Afrique, «soit considérablement plus près de l’Inde que de la Somalie». Parmi les membres de l’équipage, on dénombre vingt-trois ressortissants tunisiens. La Tunisie a rapidement réagi, suivant de près l’évolution de la situation. Quant à l’armateur tunisien Farid Abbas contacté hier, il s’est montré confiant concernant le dénouement de cette affaire.Situation chaotiqueY a-t-il cependant une explication logique à ce fléau ? La réponse réside essentiellement dans la situation politique de la Somalie et de ses voisins. Selon de nombreux observateurs : «Les difficultés de l’Etat Somalien, son état chaotique et le manque de pouvoir d’un gouvernement central sont les facteurs ayant favorisé l’augmentation de la piraterie autour de la Somalie et près des côtes du Yémen, pays ne disposant que de peu de moyens pour contrôler le golfe d’Aden». L’on comprend que les pirates profitent de l’instabilité politique dans la région pour régner en maître et faire la loi dans cette zone d’une grande importance stratégique et dont dépend presque plus de 53% de la navigation mondiale.Un gouvernement dépassé par les événementsDans son rapport, la commission européenne chargée d’élaborer un plan pour lutter contre la piraterie au large de la Somalie, a conclu à l’impossibilité de la Somalie de faire face aux pirates sans une aide logistique et militaire étrangère : «Le gouvernement fédéral de transition a tenté de combattre la piraterie, notamment en autorisant théoriquement les navires militaires étrangers à intervenir dans les eaux somaliennes au cas par cas. Mais devant cette situation, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies a adopté, le 2 juin 2008, La résolution 1816 autorisant les navires militaires des Etats agréés par le gouvernement somalien à pourchasser les pirates dans les eaux territoriales somaliennes et sont désormais autorisés à recourir à tous les moyens nécessaires pour lutter contre «la piraterie et le vol à main armée en mer».Historique et bilan alarmantLes autorités maritimes ont constaté 67 incidents dans cette zone en 2005, 23 en 2006, 32 en 2007. En 2008, 113 bateaux ont été attaqués par des pirates au large de la Somalie et dans le golfe d’Aden. 42 navires ont été saisis dont 17 sont au 19 novembre 2008 aux mains des pirates avec 250 membres d’équipage en otages. Ils ont, selon le ministre kenyan des Affaires étrangères, obtenu environ 150 millions de dollars de rançons en 2008. Pour les neuf premiers mois de 2009, on note 32 captures sur 169 incidents. 533 membres d’équipage sont retenus en otage, on compte également 4 morts, 8 blessés et 1 disparu. A la fin de l’année 2009, selon le Bureau maritime international, on compte 217 navires attaqués et 47 capturés, avec 867 membres d’équipage. Un rapport de l’ONU publié indique que les pirates somaliens ont accru leur activité au large de leurs côtes en 2010, parvenant à s’emparer de 37 navires pendant les neuf premiers mois de l’année, contre 33 pendant la même période de 2009. 28 navires avec plus de 494 otages sont au 6 novembre 2010 aux mains des pirates.Le bilan des diverses forces anti-pirates déployées au large de la Somalie d’avril 2008 à octobre 2010 fait état de 1 248 arrestations, 506 personnes passées en justice, 254 condamnées. Un minimum de 44 pirates ont été tués.En attendant de trouver une solution radicale, les pirates continuent à faire la loi au large de la Somalie, menaçant gravement le commerce international.
Habib MISSAOUI