Cité Saltane : Un drame qui cache un autre
2008-05-15 - Le Quotidien Lu 546 fois
Tunis - Le Quotidien
Quand vous mettez les pieds pour la première fois dans ce quartier populaire de Saltane (Ouest de Tunis), vous ne pouvez constater qu’une seule chose, à savoir comment tout ce beau monde a réussi à façonner un paysage architectural aussi anarchique. Pis encore, comment les habitants de cette Cité arrivent-ils à reconnaître leurs maisons alors que tous les logements ici, se ressemblent tant par la couleur des briques non badigeonnées encore que par l’odeur du ciment que dégagent les toits fraîchement construits. Revenons, toutefois, à l’objet de notre visite en l’occurrence comprendre pourquoi en un laps de temps très court, le sort s’est déchaîné contre cette famille qui a failli perdre son fils aîné après avoir avoir perdu la mère et le père dans des circonstances dramatiques.
Il faisait encore tôt... Le soleil joue à cache-cache. Tantôt, il est rayonnant, tantôt il se cache derrière les nuages qui annoncent un troisième après-midi pluvieux comme ceux qu’avait vécu Tunis lundi et mardi derniers, les rues sont désertes... sauf quelques gamins qui s’attardaient pour rejoindre leurs écoles.
En revanche, les cafés regorgent surtout de jeunes qui, entre une gorgée de café et une bouffée de cigarettes, tuaient le temps en parlant de foot, des filles, d’émigration et même du Liban et de l’Irak.
On demande alors, à l’un d’entre eux s’il pouvait nous indiquer l’endroit où se trouve la maison de la famille que tout le monde appelle ici «Les malheureux». D’emblée, on nous informa qu’on n’allait trouver personne. Effectivement, la maison était fermée. Personne n’y vit depuis la mort de la mère et le suicide du père.
On ignore, par ailleurs, où sont passés les quatre enfants du couple. On savait, toutefois, que l’un d’entre eux, en l’occurrence l’aîné, avait tenté de se donner la mort en buvant de l’eau de javel. Une information que personne n’a voulu confirmer. Vu que les quatre enfants avaient disparu de la circulation après le drame.
On a voulu alors comprendre pourquoi les choses en étaient arrivées là d’autant qu’il s’agissait d’un couple ayant eu quatre enfants. Cela prouvait, entre autres, que l’entente régnait entre les deux époux.
Sauf, réellement, une raison d’une extrême gravité, l’on voit mal comment une famille pouvait s’effriter de cette manière. Du coup, chacun y mettait du sien pour expliquer ce qui s’est passé. Ceux qui vous disent que c’est l'accumulation de tant d’années de souffrances subies par l’épouse qui avait fini par craquer en s’en prenant à son mari.
Dans la foulée, il n’y a plus de respect entre les deux époux, au point que le mari se sentait de plus en plus humilié perdant au passage son statut de chef de famille autoritaire. Ce qui l’a fait sombrer dans une grave condition psychique l’ayant conduit à commettre l’irréparable.
D’autres, en revanche, moins pudiques se laissent à dire des choses pas tout à fait catholiques. Ils évoquent, en effet, une affaire de trahison et d’adultère que l’époux n’avait jamais réussi à prouver. Rongé ainsi par le doute, il aurait pris sa décision de tuer celle par qui, tous ses malheurs sont arrivés.
Bobards ou rumeurs fondées; tout le monde reste sur sa faim vu que celui qui pouvait répondre à toutes ces questions, à savoir le mari, est parti de ce monde gardant à jamais son secret pour lui.
En quittant la cité Saltane bredouille, nous avons tout de même, déduit que le crime en général et ce genre de drames en particulier ont d’autres raisons d’ordre social et économique.
H.MISSAOUI