Visas chimériques

2008-06-12 - Le Temps
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Cette jeune dame de 32 ans faisait des allers-retours fréquents entre la Tunisie et la France.
Elle avait obtenu la nationalité française parce que son père était un migrant de la première génération.
Pourtant, elle avait une situation peu reluisante et, même, son mariage a été un fiasco.
De ce fait, et pour subvenir à ses besoins, elle restait encore dépendante de son père bien qu'elle occupait, de temps à autre, quelques petits métiers.
Il lui arrivait aussi de faire le petit commerce entre la France et la Tunisie en exploitant les très bas coûts des charters de la basse saison et les grands soldes parisiens.
Elle parvenait ainsi à gagner de l'argent pour joindre les deux bouts.
Ses fréquentes apparitions tunisiennes lui ont attiré l'attention de ceux qui sont intéressés par un séjour français.
Surtout qu'elle avait déjà, facilité l'obtention d'un visa à un jeune tunisien en lui procurant une invitation et une prise en charge émises au nom de son père.
Le jeune homme n'avait plus remis les pieds, depuis, en Tunisie.
Il avait obtenu de l'emploi et était en contact soutenu avec sa famille et ses amis.
Selon ses dires, il menait la belle vie.
Cette action avait donné du succès à la jeune dame et les demandes d'intervention se multipliaient de la part des jeunes de ce quartier de la capitale où elle atterrissait chez des parents lors de ses visites.
L'un d'eux lui avait même fait une demande en mariage, à laquelle, elle manifesta une certaine réticence.
Son père ne lui avait-il pas dit qu'il ne signerait plus d'invitation, ni de prise en charge Mais passant par une crise financière, elle a fini par accepter de prendre les dossiers de deux jeunes en contrepartie de mille dinars chacun.
Elle leur avait promis de leur fournir l'objet de leur convoitise au bout de trois mois.
Elle s'était donné du temps afin de trouver quelqu'un pour obtenir une prise en charge ou, à défaut, leur restituer leur argent.
Mais, l'histoire s'est répandue dans le quartier et ils étaient une dizaine de jeunes à l'attendre lors de la visite suivante.
Elle n'a pas pu résister à l'appât du gain facile et n'a pas pu, non plus, s'excuser de ne pouvoir honorer ces demandes.
Ainsi, elle avait reçu dix dossiers et plus de dix mille dinars.
Sa situation s'était compliquée.
Avec le temps qui passait, ses visites en Tunisie s'étaient arrêtées car elle avait peur des réactions de ces jeunes auxquels elle avait promis des visas.
Elle avait, même, changé de numéro de son téléphone portable en France.
Entre-temps, les jeunes ont perdu espoir et se sont présentés à la police pour porter plainte pour escroquerie.
Quant à la jeune dame, elle a convolé en nouvelles noces avec un Tunisien du Sud.
Elle a cru que son histoire allait passer sous silence.
Elle a décidé de ne pas passer par Tunis lors de son retour suivant avec son mari.
Ainsi, ils ont pris des tickets sur Djerba mais, voilà qu'elle fut arrêtée à l'aéroport à la surprise du mari qui ne comprenait rien et criait à l'erreur surtout que sa douce moitié ne lui avait rien dit de tout cela auparavant.
Les premiers moments de surprise dépassés, l'épouse relatait l'histoire à son mari.
Une peine de prison par contumace et une grosse amende l'attendaient.
Elle a fait opposition au jugement prononcé à son encontre et a été remise en liberté provisoire mais, elle avait à faire face, seule, à son destin.
Son mari ne voulait plus d'elle.
Devant le tribunal, son avocat a demandé d'accorder à la dame une période d'un mois pour trouver des arrangements avec les plaignants.
Le tribunal a acquiescé et l'affaire a été renvoyée à une date ultérieure.
Mahdi SELLAMI



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